Édito I : Salus Populi Suprema Lex Est

Jean Paulhan écrivait dans la préface de La Patrie se fait tous les jours que « La façon dont les grandes personnes parlent de la patrie laisse voir clairement qu’il s’agit d’un domaine où les principales inventions restent à faire. » On ne peut qu’être pleinement d’accord avec lui. Rien de sérieux n’a été fait sur le patriotisme jusqu’à aujourd’hui, ni sur le souverainisme. Les deux sont inséparables, ils sont la figure janusienne du patriote : le patriotisme comme sentiment et le souverainisme comme penchant rationnel du précédent. Patriote irrationnel et patriote raisonneur n’ont plus de raison d’être deux espèces de patriotes différents, ils doivent dorénavant être combinés, parce qu’il n’y a aucune incompatibilité entre eux. Ils doivent d’autant plus être combinés qu’ils sont tous deux soumis à des forces extrêmement violentes qui visent non seulement à annihiler le patriotisme, mais la patrie elle-même. Ces forces sont parées de toutes les vertus modernes. Elles sont progressistes, tolérantes, pacifistes, ouvertes sur le monde, soucieuse de l’humanité. Ce faisant, elles sont en réalité coercitives, car elles procèdent sans cesse à une révision de l’Histoire pour en livrer une lecture univoque qui sert d’autres intérêts que ceux des peuples. Elles font asseoir la croyance selon laquelle le passé serait une période barbare, puisque passée. La tolérance, le pacifisme, l’ouverture, sont autant de slogans qui, en élevant l’humanité, ont en vérité abaissé l’être humain. En prêchant que l’amour des siens reviendrait à haïr tous les autres, nous en sommes venus à n’aimer plus personne. Des citoyens ayant le monde comme patrie n’ont plus de patrie, et sans patrie, il ne peut y avoir d’amour du genre humain, car la patrie est la première des communautés humaines.

La première problématique du patriote d’aujourd’hui, c’est son rapport à la modernité. Le patriote moderne doit être antimoderne ; il ne peut en être autrement. La modernité est cette nouvelle idole qui regroupe toutes les puissances prédatrices qui abat les repères primordiaux qui font que le monde est monde, c’est-à-dire une somme de différences. La modernité n’a que faire des différences, elle veut l’uniformisation. Elle ne veut plus de plébiscite de tous les jours, elle veut un plébiscite des consommateurs, qui pourront s’inventer autant d’artifices faussement tolérants, réellement répressifs, que ce nouveau Pouvoir de la modernité leur donnera. Les consommateurs vivent d’illusions, le monde moderne se charge d’en fournir. Mais comme le disait Bernanos, « les civilisations ne sont nullement des machineries, elles ne se démontent pas comme des hangars de poutres d’acier, elles sont vivantes, elles obéissent aux lois de la vie ; pourquoi ne se résorberaient-elles pas ? »

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