Hadrien Desuin : « L’alliance atlantique est en recherche d’ennemi depuis la chute du mur de Berlin. »

Formé à Saint-Cyr, Hadrien Desuin est expert en géopolitique, mais aussi collaborateur à Causeur et Conflits. Il a publié en Avril 2017 un essai : La France atlantiste, ou le naufrage de la diplomatie, qui s’interroge sur les relations diplomatiques qu’entretient la France sur la scène internationale et les enjeux qui la poussent à s’aligner sur un axe étasunien.

CERCLE DES PATRIOTES DISPARUS : Dans une tribune pour Le Figaro vous avez prononcé le souhait que la France quitte l’OTAN, pourquoi selon vous la France n’a plus rien à gagner au sein de cette alliance ?

 

HADRIEN DESUIN : Plus exactement, je propose dans un premier temps de ressortir du comité militaire intégré de l’OTAN. Depuis le général de Gaulle, la France est une puissance nucléaire autonome qui, concrètement, n’a pas besoin de l’OTAN pour se défendre. C’est la seule en Europe avec la Russie. En revanche elle ne peut pas être complètement isolée dans le concert des nations européennes.

 

L’alliance atlantique est en recherche d’ennemi depuis la chute du mur de Berlin. Depuis, elle a eu le choix entre deux alternatives. Soit elle s’aventure dans des conflits postcoloniaux sous couvert d’action humanitaire ou de « nation building » type Afghanistan, Kosovo etc. Soit, et c’est bien plus intéressant pour le complexe militaro-industriel qui en dépend, elle fait en sorte de réactiver la menace russe. Je ne dis pas qu’il ne faut jamais intervenir à l’extérieur de nos frontières ni qu’il faut faire comme si la Russie était une démocratie neutre et pacifiste. Seulement, on pourrait tout à fait développer notre armée et nos matériels militaires sans dépendre des intérêts de nos voisins et surtout de la superpuissance mondiale que sont les Etats-Unis, nation cadre de l’OTAN. Voilà pourquoi il ne faut pas rester enfermé dans cette structure.

 

Croyez-vous pour autant que l’idée relancée récemment par Emmanuel Macron d’une armée européenne a une quelconque chance d’aboutir un jour ?

 

Absolument pas et d’ailleurs le président lui-même semble avoir déjà fait marche arrière, reprenant l’usage habituel des termes « défense européenne » ou « défense des européens ».  Il avait de toutes les façons bien précisé qu’une armée européenne devait s’inscrire au sein de l’alliance atlantique. Cela eut été plutôt une armée euro-atlantique. Cela n’aura été qu’un simple slogan pour recréer un élan électoral avant le scrutin de mai prochain. Devant le scepticisme des partenaires européens, hollandais, polonais etc., il ne sert pas à grand-chose d’agiter ainsi une chimère vieille de presque 70 ans. Pour presque toutes les nations du continent, l’armée européenne existe déjà, c’est l’OTAN et le grand frère américain.

 

Vous dénoncez inlassablement l’inféodation de la diplomatie française à celle des Etats Unis depuis 2003, au-delà des mots, note-t-on réellement un virage moins atlantiste de la politique étrangère française ?

 

Un virage, le terme est trop fort sans aucun doute. Disons que la personnalité de Trump est tellement difficile à suivre, surtout au regard de l’opinion publique française, que l’atlantisme français est plus discret que sous Obama. Lors des deux précédents mandats (2008-2016), on a même assisté à quelque chose d’assez inédit et que j’ai appelé « l’ultratlantisme », c’est à dire une volonté assumée de la diplomatie Française que les Américains restent fidèles à leur mission hégémonique de maître démocratique du monde. En Libye, en Syrie, en Ukraine et ailleurs, les Européens ont souhaité que les États-Unis ne se contentent pas de diriger depuis l’arrière mais qu’ils restent en première ligne. En conquérant de la démocratie. Mais Obama avait sans doute mieux compris que la condition pour que l’Amérique continue à rester à la première place, c’était de revenir à une certaine prudence stratégique et qu’elle laisse les chiens fous de la guerre humanitaire s’épuiser au Moyen-Orient et ailleurs.

 

Quelles sont les quelques mesures nécessaires que pourrait prendre notre pays pour retrouver une politique étrangère réellement souveraine ?

 

Sortir du comité militaire intégré de l’OTAN, arrêter de vouloir à tout prix faire des programmes d’armement avec l’Allemagne, relancer les relations avec la Russie mais aussi avec d’autres puissances multipolaires comme la Chine, le Brésil et l’Inde. Il y a évidemment toute une génération de diplomates néoconservateurs qu’il faut envoyer à la retraite. Tout est réversible et ces quelques décisions pourraient suffire pour redonner à la France le rôle qui est le sien. La souveraineté économique et donc l’appartenance à l’Union Européenne est un autre sujet il me semble. L’UE est certes un nain stratégique qui ne veut pas grandir et qui souhaite rester l’esclave des États-Unis. Mais la France peut restaurer sa grandeur à condition de reprendre confiance en elle-même. L’union ne fait pas toujours la force. Elle peut aussi faire la zizanie et donc la soumission à l’Empire américain.

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